Récit

Réédition du voyage de François Lagrange en 1818

C’est le 23 août 1818 qu’un dénommé François Lagrange né à Nuits Saint Georges en 1792 s’élance de Beaune où il exerce la profession de tourneur-tabletier pour rejoindre Dijon sur une draisienne de sa fabrication. Il est accompagné d’un autre homme car il en a fabriqué plusieurs et souhaite semble-t-il en faire commerce.

Rappelons que la draisienne est née l’année précédente de l’imagination du baron Carl Drais von Sauerbronn et que cette invention fût présentée à Paris au jardin du Luxembourg en avril 1818 (voir -> ici).

La draisienne a 200 ans !

Ce voyage de Beaune à Dijon fût commenté en détail dans la presse locale et dans plusieurs journaux en France et fît donc l’objet de recherches par les historiens du vélo dont Keizo Kobayashi à l’origine de cette réédition. En tant que collectionneur averti et fabricant de répliques de draisienne, je me devais de l’accompagner dans cette nouvelle aventure.

Un troisième larron en la personne de Christophe Lagrange (un homonyme) se chargera de donner des conférences sur la vie de François Lagrange et l’historique de ce voyage.

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Partons maintenant dans les pas de François Lagrange, enfin presque car il avait emprunté l’actuelle RD 974 et nous prendrons un itinéraire parallèle beaucoup moins fréquenté et plus touristique.

Le ciel est gris en ce 25 août 2018, cela tombe bien, c’est exactement la météo du 23 août 1818. Le départ est donné sur le parvis de la mairie de Beaune par Mme Château, présidente du Centre Beaunois d’Etudes Historiques en présence de Mme Réviron, descendante de François Lagrange venue spécialement de Savoie. Nous nous élançons au pas du patineur par la porte saint Nicolas et le passage de la sorcière. Bien vite nous nous retrouvons au milieu du magnifique paysage bourguignon.

Keizo Kobayashi, Christophe Lagrange, Christine Reviron, Alain Cuvier (c)Andre CHABOTEAU

De gauche à droite :  Keizo Kobayashi, Christophe Lagrange, Christine Réviron, Alain Cuvier

La Bourgogne est belle en cette saison et les vignes aux grappes gorgées de soleil attendent le vendangeur. Certains sont d’ailleurs déjà au travail et dans les cours les hommes s’activent à préparer les chais.

Nous traversons des villages aux noms évocateurs, Chorey les Beaune, Aloxe-Corton, Nuits- Saint-Georges où nous sommes reçus au musée local pendant que Christophe donne une conférence devant un auditoire surpris et passionné. Après les démonstrations d’usages et l’heure du pique-nique approchant, Mr le Maire nous offre deux flacons du produit de la vigne municipale. Un présent fort apprécié !

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Dans les vignes © André CHABOTEAU

L’attrait de la treille !

La pause terminée, nous reprenons le chemin des vignes, nous sommes sur la route des grands crus et cela se voit. Nous traversons Vosne-Romanée puis c’est le clos Vougeot, là, une erreur de parcours faillit me coûter cher. Engagé dans la descente vers le village de Vougeot, la route est belle et je laisse filer ma machine mais elle devient bien vite difficile à contrôler et le modeste patin de frein qui agît sur la roue arrière est rendu inefficace par la petite pluie qui nous accompagne depuis quelques km. Je réussis enfin à ralentir ma machine en freinant des deux pieds et à m’arrêter non sans avoir percuté le muret qui borde la route. J’ai eu chaud !

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A Morey-St-Denis, nous retrouvons un correspondant du journal Le Bien Public venu en vélo faire quelques photos. Il nous accompagne en nous faisant découvrir sa région et nous guide jusqu’à un bar à vin de Gevrey-Chambertin. Ne sommes-nous pas ici pour faire du tourisme à vélocipède… ? Alors goûtons l’élixir local !

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Après cette pause gourmande, nous repartons en direction de Dijon, terme de notre épopée. Partout les rencontres sont spontanées et parfois attendues, (on vous a vu dans le journal…). Il faut dire que notre équipage en tenue du début du 19e siècle et nos drôles de machines ne passent pas inaperçus. Un couple de randonneurs au long cours, les bicyclettes lourdement chargées fait un peu de route avec nous, nous les reverrons à Dijon.

La fatigue se fait de plus en plus sentir. La conduite d’une draisienne n’est pas celle d’un vélo moderne et les bras fatiguent autant que les jambes. Le pas du patineur alerte le matin est devenu beaucoup plus saccadé et il faut parfois pousser la machine dans les côtes. La pluie fine qui nous accompagne toujours n’arrange rien.

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Enfin nous voici dans les faubourgs de Dijon où nous retrouvons un autre correspondant du Bien Public qui nous guide jusqu’à la place de la Libération. Pour nous cela en fût une également après 47km au timon de ce qui fût la première ébauche de nos bicyclettes modernes. C’est la fin d’une belle épopée dans l’un des plus beaux vignobles de France et de la reconstitution de ce qui aurait pu être la première « cyclo-découverte ».

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Le lendemain nous avons rendez-vous sur la même place, là ou François Lagrange avait fait des démonstrations de sa machine 200 ans plus tôt. Nous nous retrouvons au milieu d’un public ravi de cette attraction en présence de Jacques Rouget, président du comité départemental de cyclotourisme de la Côte-d’Or, d’un membre de l’association La Bécane à Jules venu en vélo cargo et d’une représentante dijonnaise de la Fédération Française des usagers de la bicyclette. Nous rejoignons ensemble le parc de la Colombière où le sieur Lagrange s’était également produit et où nous attend Christophe pour une dernière conférence.

 

Alain Cuvier

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